En vue de la prochaine élection présidentielle

Pères, Frères, Amis,

Nos anciens archevêques, Albert Decourtray et Louis-Marie Billé — pour ne citer que ces deux-là — doivent aujourd’hui se retourner dans leur tombe, eux qui eurent des paroles fortes, tranchantes, sans concession en face de la montée en puissance du Front National.

Voici un texte qui vient de m’être transmis et que, évidemment, j’ai signé sans réserve. Même si je sais qu’il ne conviendra pas à tous pour divers motifs, je vous l’adresse à mon tour, seule manière pour moi, aujourd’hui, de pouvoir encore me regarder dans la glace les jours à venir. Qui eut pensé, voici dix ans seulement, que toute une partie de notre Eglise en viendrait à accepter l’accession d’une candidate du Front National à l’élection présidentielle ? ! Qui eut cru, alors qu’une victoire de Marine Le Pen dimanche prochain est possible pour mille raisons, à un tel silence assourdissant de l’épiscopat français dans sa quasi totalité, quand bien même on peut encore croire et espérer que la majorité de nos évêques ne votera pas dimanche pour Marine Le Pen ? Des pratiquants de plus en plus nombreux, hélas! croient pouvoir se réfugier dans les bras de ce parti génétiquement nationaliste, anti-européen et xénophobe. Les dirigeants de la « Manif pour tous », nouveau fer de lance du militantisme catholique, appellent à voter « contre-Macron », lui préférant l’aventure lepéniste. Des séminaristes, de jeunes prêtres qui n’ont aucune connaissance de l’histoire, croient qu’ils peuvent être fidèles à l’Evangile en votant pour une femme qui continue de minorer la responsabilité de l’Etat français dans la Rafle du Vel d’Hiv et qui réécrit l’histoire des Guerres de religion en France, laissant entendre que les musulmans d’aujourd’hui seraient les protestants « antinationaux » du temps de Richelieu !

Nous reste cette seule affirmation venue des débuts des Actes des Apôtres: « Non possumus! ». « Nous ne pouvons pas » être aussi lâches! Moi, en tout cas, je n’en ai pas le courage si l’on peut dire…Tristement et fraternellement votre:

Christian Delorme, en accord avec Gilles Vadon.