Le coronavirus et nous… Quelques enjeux

20 mars 2020 - 20 mai 2020

Actualite

N’ayez pas peur

Ce sont des mots souvent présents dans la Bible. Lorsqu’on a mis sa foi dans le Seigneur, la peur n’a plus de raison d’être, cette peur qui paralyse, la peur irraisonnée sans rapport avec le danger. La foi n’empêche pas la peur comme réaction instinctive devant un risque évident : si l’on voit une voiture nous foncer dessus, bien sûr nous aurons peur et ce sera normal, peut être même que la peur nous donnera le bon réflexe pour éviter le drame.

N’oublions pas non plus l’adage populaire : « la peur ne garantit pas du mal ». La peur ne nous immunise pas contre un virus ; c’est même peut être juste l’inverse.

 

« Soyez donc prudents comme des serpents » (une des traductions possibles de Mt 10, 16)

Devant un danger plein d’incertitude, la prudence s’impose. Elle s’impose d’autant plus qu’un virus est un ennemi invisible. Il ne serait tout simplement pas intelligent de braver les consignes données par ceux qui ont la responsabilité du bien public. Si un chrétien doit être prêt à donner sa vie, il est aussi « gardien de son frère » ; il n’a donc pas à donner la vie de ceux qui l’entourent ! Cela est vrai pour toutes les formes de maladie infectieuse, tous les virus.

 

« Je la conduirai au désert et là je parlerai à son cœur » Os 2, 6

« Restez chez vous »… Voilà les mots qui nous sont dis et redis depuis quelques jours. Serait-ce une occasion de se retrouver soi-même, loin des activités qui nous sollicitent ? Ceux qui ont plusieurs enfants à domicile, actuellement, sont sûrement bien occupés. Ceux qui ont des incertitudes financières (chômage technique, obligation de fermer un magasin, frais supplémentaires de garde d’enfants, etc.) n’ont sûrement pas l’esprit bien libre. Ceux qui sont touchés personnellement par le virus (eux-mêmes ou pour des proches) vivent des situations angoissantes. Le personnel hospitalier qui va aller au bout de ses forces pour sauver le plus grand nombre des malades gravement atteints,  n’aura pas de repos. Pourtant le changement absolu de rythme de vie qui va s’imposer de plus en plus dans notre société (et pour une durée indéterminée) va créer un choc dont nous pouvons peut être tirer parti pour revoir nos priorités, nos choix ; réinventer nos modes de relations ; regarder la mort autrement ; donner un sens plus fort au simple fait d’être en vie.

Ce « carême », sous une forme totalement imprévue, est peut être une occasion de renouvellement. Nous n’aurons pas la paix profonde des beaux offices de la semaine sainte, nous n’exploserons pas ensemble de la joie du ressuscité au matin de Pâques… mais il est certain que le Seigneur nous comblera autrement.

 

Maladie, handicap, mort ne sont pas des punitions de Dieu

Chaque fois qu’il y a une catastrophe ou un risque grave sur notre planète, on voit ressurgir cette idée que Dieu punirait. Il faut tordre le cou à cette idée. Relisons pour cela, au chapitre 13 de l’évangile selon Saint Luc, les neuf premiers versets. Devant deux drames récents qui lui sont rapportés, Jésus répond : « pensez-vous que ces Galiléens étaient de plus grands pécheurs que tous les autre Galiléens pour avoir subi un tel sort ? Non, je vous le dis mais si vous ne vous convertissez pas, vous périrez tous de même ». Il n’y a donc pas punition mais appel à la conversion pour tous, car tous nous sommes pécheurs. Il revient à chacun de trouver le sens des évènements qui marquent sa vie ; il n’y a pas de sens qui s’imposerait absolument. Méfions-nous donc de ces types de discours d’où qu’ils viennent.

 

Le coronavirus ne doit pas nous détourner d’autres drames

N’oublions pas que nous mourrons plus sûrement, collectivement, du réchauffement climatique, de la perte de la biodiversité, des guerres et des drames qu’ils provoquent dont les flux de migrants. N’oublions pas non plus le déséquilibre mondial entre riches et pauvres : la pauvreté tue. La seule différence est qu’avec ce virus chacun se dit qu’il peut être touché demain et mourir rapidement ; alors que tout le reste nous semble faussement lointain.

 

Christiane Grimonprez