Pâques 2020 Nous serons confinés… mais serait-ce moins Pâques ?

31 mars 2020

Textes et Prières

Nous le savons désormais, nous ne vivrons communautairement ni le dimanche des Rameaux, ni le jeudi saint, ni le vendredi saint, ni la veillée pascale, ni le jour de Pâques.

Nous savons aussi que le 12 avril, il n’y aura pas de fête de famille, (sauf avec ceux avec qui nous sommes confinés), pas de sortie, pas de vacances, même pas un week-end… ce qui est en fait, le lot de beaucoup, chaque année. Serait-ce moins Pâques cette année que les autres années ? Non, bien sûr.

Il est normal d’être un peu désarçonné… mais pas de le rester ! En employant le mot désarçonné me revient l’histoire de Paul de Tarse (Ac 9, 1-19), il a fallu « qu’une lumière venue du ciel l’enveloppe » (Ac 9, 3) pour qu’il tombe de son cheval, que le Ressuscité le rejoigne et lui réponde « Je suis Jésus, c’est moi que tu persécutes ».

Pâques 2020… ne serait-ce pas l’occasion de vivre Pâques autrement et, en quelque sorte, de vérifier si notre foi est bien chrétienne ? Revenons pour cela aux textes d’Evangile et aux récits du « 1er dimanche de Pâques ».

Jn 20 : Marie de Magdala se rend au tombeau, et découvre que la pierre fermant le tombeau a été enlevée, elle court rejoindre Pierre et l’autre disciple (Jean) et leur dit : « on a enlevé du tombeau le Seigneur et nous ne savons pas où on l’a mis ». Comprenons, elle cherche un corps mort et donc susceptible d’être déplacé. Les deux disciples courent au tombeau et le récit conclue : « Ils n’avaient pas encore compris l’Ecriture selon laquelle Jésus devait se relever d’entre les morts ». Les deux disciples repartent chez eux. Sobriété du texte… on ne sait pas exactement ce qu’ils ont compris, en tout cas, ils ne bondissent pas de joie.

Marie est restée près du tombeau en pleurs… et voilà le dialogue entre elle et celui qu’elle prend pour le jardinier : « on a enlevé mon Seigneur et je ne sais pas où on l’a mis » (v13). « Si c’est toi qui l’as enlevé, dis-moi où tu l’as mis et j’irai le prendre » (v15). Elle cherche toujours un cadavre alors qu’elle dialogue sans le savoir avec Jésus, le ressuscité. Il faut que Jésus dise son prénom « Marie » pour qu’elle réalise à qui elle parle « Rabbouni ». Elle va alors annoncer aux disciples : « J’ai vu le Seigneur ».

Jn 20, 19-23 « Le soir de ce même jour… alors que, par crainte des Juifs, les portes de la maison où se trouvaient les disciples étaient verrouillées, Jésus vint… ». Le 1er dimanche après la crucifixion, la crainte, la peur habite les disciples. Ils sont dans la désolation, comme après la mort d’un être aimé, dans la sidération aussi. Jésus avait bien annoncé trois fois à ses disciples sa passion, sa mort, sa résurrection mais ils n’étaient pas réceptifs ; comment auraient-ils pu l’être devant une annonce aussi déroutante ?

Si l’on change d’Evangile, en Luc, (Lc 24, 1-12) on retrouve les femmes venues au tombeau « elles ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus », puis la parole de deux hommes « Pourquoi cherchez- vous le vivant parmi les morts ? ».

Dans le texte bien connu des disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35) où Jésus rejoint deux d’entre eux sur la route et se mêle à leur conversation « quels sont ces propos que vous échangez entre vous ?» ; leur réponse est claire, pour eux Jésus est mort ; il y a bien quelques femmes à qui des anges ont dit qu’il était vivant, il y a bien quelques-uns des disciples qui sont allés voir mais lui, ils ne l’ont pas vu. Il a fallu leur invitation de cet inconnu à leur table pour qu’ils le reconnaissent à la fraction du pain.

Comprenons bien : les plus proches de Jésus n’avaient absolument pas anticipé la résurrection. Nous, nous ne savons que trop que Pâque suit le vendredi saint. Sans doute vaudrait-il mieux dire que mort et résurrection sont comme les deux faces d’une même pièce, ce serait plus juste. Le dimanche de Pâques, nous ne tournons pas la page en chassant de nos regards, de notre perception, toute souffrance ; c’est juste le contraire : nous sommes invités à lire nos vies, la vie du monde à la lumière d’une Vie, celle du Ressuscité, une Vie qui n’occulte pas les ténèbres de l’existence mais les traverse. Le Ressuscité est le Crucifié ; il se fera reconnaître aux plaies de son corps. Ce n’est pas un esprit volant au-dessus des réalités terrestres ; c’est l’homme qui a connu la souffrance et ne l’oubliera pas. Vivre Pâques cette année, avec la chape de plomb qui pèse sur les peuples du monde, avec 3 milliards d’humains confinés, ne serait-ce pas entrer davantage dans le mystère pascal ?

Par le confinement qui nous est imposé, nous avons peut-être l’occasion de questionner et d’approfondir notre foi en la résurrection de Jésus. Ne reconnaît-on pas l’existence de la foi en la résurrection dans une vie, à ses fruits plus qu’aux éclats de fête ? Nous pourrions nous demander : qu’est-ce que ça change dans ma vie de dire « Christ est ressuscité » ? et autre question qui est liée : qu’est-ce que ça change dans ma vie de croire à ma propre résurrection ?

Dans notre profession de foi, nous disons : « Je crois en l’Esprit Saint… à la résurrection de la chair » ou « Je crois en l’Esprit Saint… j’attends la résurrection des morts et la vie du monde à venir ». Que ces mots deviennent vie en nous, davantage.

Alors nous referons l’expérience des premiers disciples : c’est la foi en la résurrection qui leur a fait proclamer cette bonne nouvelle, braver les difficultés du témoignage et donner leur vie. Ne l’oublions pas : c’est sur la foi en la résurrection que sont nés les premières communautés chrétiennes, c’est la foi en la résurrection qui a construit l’Eglise et qui la construit aujourd’hui encore.

Christiane Grimonprez