Portrait de Jean-Luc DARODES

29 juillet 2019 - 1 octobre 2019

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Portrait de Jean-Luc DARODES, prêtre du diocèse de Lyon publié dans « Paroles du prêtres »

Prêtre pour aimer

J’ai grandi dans une famille chrétienne de la presqu’île lyonnaise. Je fréquentais la paroisse, les scouts, mais n’était pas très heureux à l’école. Je souffrais de dyslexie et ne rentrait pas dans le moule. L’école des Beaux-Arts m’a permis de m’épanouir : j’étais passionné. Avant de me lancer dans la vie active, j’avais choisi de faire mon service militaire en coopération, dans un collège jésuite au Liban. À mon retour, je suis rentré dans un bureau d’architecture où j’ai travaillé pendant six ans. J’ai très vite éprouvé le besoin de me rapprocher d’une communauté pour partager une vie d’Eglise. J’ai découvert le Renouveau charismatique et j’ai vécu quatre ans au sein de la communauté de Villeurbanne dont je suis même devenu responsable. Tant et si bien qu’il m’a fallu répondre à cette question de l’appel intérieur à devenir prêtre qui m’habitait depuis l’âge de sept ans. Je nourrissais une vision tellement idéale du sacerdoce que je ne m’étais jamais cru assez digne pour m’imaginer devenir prêtre. Mon parcours scolaire chaotique et atypique ne m’y avait pas non plus encouragé.

C’est grâce au Renouveau charismatique que j’ai trouvé la simplicité et la liberté intérieure pour répondre à cet appel.

Nous étions en 1978. J’ai quitté le bureau d’architecture et tout un avenir professionnel pour entrer au séminaire.

Devenir « des leurs »

J’ai été ordonné en 1983 alors que je découvrais un tout nouveau monde à Saint-Priest où j’ai passé huit ans. La JOC (jeunesse ouvrière chrétienne) se situait à mille lieux de mon histoire. Pourtant, tout comme le Renouveau m’avait permis de parcourir un chemin, la JOC offrait une proposition qui permettait aux jeunes de milieux défavorisés de se tenir debout et de devenir de vrais chrétiens. C’est là aussi un lieu où soufflait l’Esprit Saint.

Comme des dizaines de prêtres à cette époque, je me suis mis au portugais pour accompagner les familles et animer l’aumônerie des Portugais et l’équipe d’Action Catholique Ouvrière. Ainsi, j’ai été chargé de la coordination nationale de la pastorale des Portugais. Six ans à Givors, six ans à la Duchère : à chaque fois j’arrive sans penser que je vais partir, avec pour priorité de devenir Givordin, Duchérois, des leurs. J’entre pleinement dans cette dimension propre au ministère : c’est le peuple vers lequel je suis envoyé qui m’apprend à devenir le prêtre dont il a besoin ! J’aime à dire qu’il faut s’ajuster, non pas pour renoncer à ses intuitions ou ses repères mais pour les vivre de façon juste au regard de Dieu et des hommes. Pour suivre cette intuition je suis entré dans l’Association des prêtres du Prado qui met l’accent sur l’étude de l’Évangile et le service des plus pauvres.

Il y a la joie d’élargir mon expérience de l’humanité mais aussi une grande attention aux autres façons de réagir. À la Duchère, j’ai expérimenté toute la dimension du catéchuménat.

Plus tard, à Rillieux, j’ai vraiment découvert ce qu’on appelle l’Eglise universelle. Avec plus de vingt nationalités et la mission de faire une seule communauté avec les trois paroisses existantes, j’ai eu l’impression d’aider des chrétiens… à devenir catholique !

Trouver joie et liberté dans l’obéissance

Lorsque Mgr Barbarin m’a proposé de devenir archidiacre du Roannais en 2004, je n’étais à Rillieux que depuis trois ans et cette charge de gestion m’impressionnait. Mais j’ai dit oui parce que le cardinal m’a précisé qu’il avait besoin avant tout de quelqu’un à Roanne pour aimer un peuple et des prêtres. Et puis parce que le ministère se conjugue avec l’obéissance. Je fais aujourd’hui l’expérience de la liberté et de la joie que m’a donné l’obéissance : même si je suis devant un défi de réussite, je suis envoyé et ce ne sera pas ma réussite personnelle.

Je suis porté par la certitude que Jésus est une personne vivante, qu’il est mon ami Sauveur et que je ne n’en serais pas là s’il ne m’avait pas aimé. Mon bonheur réside dans l’émerveillement que je ressens devant la richesse que les gens portent en eux, devant la force et le courage que la foi peut donner : les personnes qui s’engagent dans les paroisses ont souvent de lourds fardeaux.

J’aime percevoir que c’est à travers nos pauvretés que le Seigneur peut manifester sa grâce. Avec Jésus je rends grâce au Père de l’avoir caché à des sages et des savants et de l’avoir révélé au tout petit. (Luc 10,21)

Ma vie de prière c’est enrichi au contact du monde oriental que j’ai découvert lors de mon service au Liban. Je suis resté sensible à la beauté et j’ai appris l’art des icônes. Formé à l’iconographie par des orthodoxes russes, j’utilise l’icône dans la liturgie. J’aime réfléchir à la symbolique chrétienne, à l’apport de l’art dans la catéchèse.

Témoignage de Jean-Luc Darodes, ordonné prêtre en 1983.