Message de Philippe Barbarin

Frères et Sœurs,

Dimanche, nous sommes appelés à voter à l’occasion du deuxième tour de l’élection présidentielle. Vous êtes nombreux à demander un avis ou de nouvelles prises de parole parce que l’inquiétude est grande quant aux conséquences de ce vote et que, pour beaucoup, ce choix est difficile.

Permettez-moi d’indiquer trois pistes :

  1. Qu’aucun catholique n’aille voter sans avoir pris un vrai temps de prière et humblement demandé la lumière de Dieu. Il parle à ses enfants quand ils prennent ce temps « dans le secret». Que le secret de notre chambre précède celui de l’isoloir ! On pourra se rappeler, par exemple, le critère de discernement proposé par Saint Ignace avant une grande décision : je m’imagine au jour de ma mort, la grande rencontre avec mon Seigneur : ce que j’aurais aimé avoir choisi, voté… C’est d’ailleurs un avertissement du Seigneur lui-même : « Méfiez-vous de vous-mêmes, de peur que vos cœurs ne s’alourdissent (…) Veillez donc et priez en tout temps afin d’avoir la force (…) de vous tenir debout devant le Fils de l’homme» (Luc 21, 34-36).
  2. Avant de voter pour un programme, nous sommes appelés à choisir une personne. Au conclave, j’ai été frappé par la prière prononcée par chaque cardinal, au moment de déposer son bulletin de vote : « Je prends à témoin Celui qui me jugera au dernier jour que celui dont le nom est écrit sur ce bulletin est celui que, selon Dieu, je juge le plus apte à remplir cette mission.» En conscience, pour moi, lequel des deux candidats est le plus apte à devenir Président de la République ?
  3. Quant aux programmes, voici 10 critères auxquels j’accorde une importance particulière et que j’énumère dans le désordre, excepté pour le premier qui est le bien suprême :
    la paix dans notre pays et dans le monde.
    la justice dans la répartition des biens et la priorité donnée aux pauvres.
    l’attention aux plus vulnérables : personnes handicapées, personnes âgées, isolées, tous ceux qui ont dû quitter leur pays à cause de la violence ou de la misère …
    le respect de la vie humaine dès son commencement et jusqu’à la mort.
    la vérité du mariage et l’attention aux familles
    un système éducatif qui serve vraiment la construction de la personnalité des enfants et des jeunes : enracinement, liberté, compétence…
    la lutte contre le chômage, pour que tous puissent vivre dans la dignité, apporter leur pierre à la construction de la société
    un encouragement clair à tous ceux qui lancent des entreprises et proposent des emplois
    la solidarité internationale
    l’élan européen qui peut encourager d’autres parties du monde à cesser les guerres fratricides entre pays voisins, et trouver eux aussi les chemins de la paix.

Demandons à Dieu de découvrir et partager ses sentiments pour les hommes, pour le monde, Lui qui l’a tellement aimé « qu’il a donné son Fils unique, afin que quiconque croie en lui ne se perde pas mais obtienne la vie éternelle » (Jean 3, 16).
Au moment d’une telle élection, humble participation demandée à chacun de nous pour la vie de la cité, nous accomplissons cet acte sans illusion mais sans réserve. Relisons le message des Béatitudes, charte d’une « grâce qui coûte », d’un bonheur qui n’ignore pas les souffrances qu’il nous faut affronter pour le bien de tous « … Heureux les affamés et assoiffés de justice (…) Heureux les artisans de paix » (Mat 5, 3-11).

Cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon
4 mai 2017